Hier soir a été ma première séance de bénévolat depuis très très longtemps. Depuis quelques mois, j’avais entrepris les démarches afin de dénicher un endroit où j’aimerais faire du bénévolat en compagnie des enfants. Ce qui m’intéressait, principalement, c’est de pouvoir interagir avec eux, de leur apporter quelque chose de ce que j’ai tant reçu de cette société, ainsi que de rester ouverte à encourager et à partager leur richesse intérieure. En tant qu’êtres humains, nous avons tellement de richesses en nous, desquelles nous ne connaissons pas toujours l’existence, tellement que nous ne les explorons pas consciemment, ni de façon significative. Il y a quelques années, j’avais décidé que ce ne sera pas nécessairement à l’intérieur de mon emploi que je voulais me réaliser, de développer tout mon potentiel, car tout mon potentiel passe avant tout à être pleinement humain, à explorer, à cultiver mon humanité… plus précisément, mon amour et ma bonté envers l’humanité, avec tout ce que cela comporte, mes limites et mes forces. C’est là toute la signification de la partie «Tzu» de mon prénom. Je ne crois pas en l’endoctrinement afin d’atteindre cette meilleure partie de soi et des autres, que ce soit dans la philosophie/les fondements ou la méthode pour y parvenir. Je crois en un amalgame de philosophies/fondements et de méthodes afin de considérer l’humain dans son ensemble, dans sa complexité. Une approche holistique afin de cultiver la fleur… afin de la voir s’épanouir est à mon avis merveilleuse.
Même si je travaille dans un milieu hautement psycho éducatif et que les quelques dernières années sont passées à me définir, à me construire, à m’outiller à partir d’éléments on ne plus psycho éducatifs, je ne crois pas en l’application de cette approche comme seul engrais à la culture de cette fleur. Une fleur a aussi besoin de la chaleur douce et bienveillante du soleil, et non seulement de sa rudesse frappante ; elle a besoin de quelques murmures de pluie et non seulement de sa force, de sa rudesse… On peut aussi bien par la douceur catalyser une métamorphose que par la force et la vigueur. On peut, par l’humour, aussi bien que par le sérieux, recevoir la Vie. L’équilibre et l’adaptabilité sont à mon avis très importants ! Si on ne se demandait pas si l’ensemble des nutriments qu’on offre à la plante est équilibré et approprié à sa nature, on ne se donne pas les chances à sa réussite…
Hier, en début de soirée, alors que je marchais enthousiasmée vers les Habitations Jeanne-Mance, je me surpris à avoir une pensée… que j’étais entrain de faire quelque chose de purement égoïste, seulement pour mon plaisir à moi. Aller aider ces enfants à faire leurs devoirs est avant tout un moment privilégié où je vais déguster à un plaisir de les voir s’épanouir et à me sentir épanouie en tant qu’être humain. Ce petit clin d’œil que mon cœur me faisait me disait : «Savoure, apprécie ce petit moment de péché mignon, comme, lorsqu’il y a plus de dix ans de cela, tu montais dans le train de Montréal pour Pierrefonds, afin de faire une journée de monitorat à Riverdale high school ! Croque dans cette Vie à belles dents ! Profite de ce plaisir si envigorant, cette re-possession de tes moyens, de ton pouvoir sur ta vie et sur le sens que tu veux lui donner !».
Je suis rentrée dans ce local improvisé temporairement en aide aux devoirs. Il y faisait froid, car c’était, en temps normal, un abri intérieur pour les joueurs de hockey sur glace pour qu’ils puissent s’y réchauffer et se reposer en hiver. Je ne crois pas qu’il y avait un système de chauffage. Quelques longues tables étaient alignées, convenablement réparties dans l’ensemble de la salle. Des enfants étaient déjà installés par ci, par là. Certains s’appliquaient à leurs devoirs avec des tuteurs bénévoles, alors que d’autres étaient accompagnés de l’un de leurs parents. Un petit groupe d’enfants au fond du local jouaient aux échecs. Je sentais que c’était un milieu pauvre et presque délabré, matériellement. Je crois que je n’avais jamais vu ça encore, ici, à Montréal. J’avais presque l’impression de me retrouver en Indes ou en Pakistan ou en Afrique centrale.
Lorsque je suis sortie de là, deux heures plus tard, je me suis sentie complètement dégênée, connectée humainement avec deux bénévoles et deux enfants en particulier, dont l’un m’avait donné ma première leçon de jeu d’échec et l’autre chez qui j’avais découvert un talent de future écrivaine. Lorsque nous avions terminé sa composition pour un exposé oral, son petit frère, qui venait aussi de finir ses devoirs, avait commencé à montrer à sa tutrice les rudiments du jeu d'échec. D'habitude, simplement l'idée de jouer à ce jeu stratégique me donne mal à la tête: un encombrement mental atroce m’accapare instantanément ! Or, hier soir, j’avais le cœur ouvert, surtout du fait que j’étais entrée dans ce local sans attentes. Mon mental était léger, flottant sur des nuages après une séance d’écriture avec cette petite fille joyeuse et travaillante ! Du coup, j’avais, moi aussi envie d’être de la partie et d’apprendre à jouer à ce jeu. Je me suis jointe à leur table, m’accotant sur la bordure, et j’étais prête à comprendre ce qu’il allait expliquer. Les pions de la rangée de devant avancent un pas à la fois seulement, à gauche, à droite ou en avant. Les chevaux font un L, les dames vont où elles veulent, peu importe le nombre de pas qu’elles veulent, les rois peuvent aller dans tous les sens, mais un pas à la fois, et tralali tralala… Oh ! Que je me suis amusée ! Laeticia, sa tutrice, elle aussi, prenait des risques. Aucune honte à savoir moins que ce petit garçon. On était nuls tous les deux adultes ensemble… haha… on a donc essayé à deux têtes contre un.. haha… Elle aussi, on sentait qu’elle avait le cœur ouvert : c’était un plaisir d’avoir fait sa connaissance !